Critique culturelle du RIC

Bonjour, ceci est mon dernier article en critique du RIC. Et il va être question aujourd’hui des raisons qui font que même si 80% des gens se disent favorables à son instauration, concrètement lorsqu’il s’agit de voter pour des représentants qui peuvent réellement changer les choses, eh bien le RIC passe à la trappe.

Bon, combien de gros partis politiques ont-ils réellement mis le RIC dans leur programme, c’est une question pas évidente à laquelle seul un spécialiste tel Yvan Bachaud pourrait répondre. D’autant plus que les gros partis, même s’ils mettent le RIC dans leur programme, ils l’oublient dès qu’ils arrivent à l’Assemblée Nationale. Une autre solution est de faire des propositions dans ce sens à l’Assemblée, en sachant très bien qu’elles seront refusées, mais cela donne bonne conscience et manipule l’électorat.

Mais oublions un peu les gros partis et intéressons-nous à l’individu. Bon, déjà c’est clair que l’individu est soumis au bombardement incessant des armes d’abrutissement massif que sont la télévision et la radio subventionnées. Et ce bombardement n’est pas en faveur du RIC, c’est vrai.

Mais après tout même si la télé disait que le RIC c’est bien, l’individu en serait-il convaincu ? Je pense que non. Déjà, le fait que les médias de masse et la classe politique soient sur une ligne ne signifie pas forcément que le peuple soit sur la même, on l’a vu en 2005.

Mais surtout, qu’est-ce qui fait que l’individu a des doutes sur le RIC ? D’un côté la logique lui dit qu’il faut instaurer un contre-pouvoir à l’arbitraire présidentiel, et que le RIC pourrait être bien pour ça. Mais d’un autre côté, déjà, la même logique lui dit que ça ne sert à rien d’élire un Président si c’est pour lui mettre des bâtons dans les roues après.

La constitution doit rester claire. Elle peut sembler injuste parfois, arbitraire certainement, mais elle doit rester claire. Car le manque de clarté laisse trop de place aux intrigues de pouvoir et étouffe le développement du pays. La France en sait quelque chose, car la loi salique — loi très claire s’il en est — a joué un rôle important dans l’histoire lointaine du pays.

Et là soyons très clairs : ce n’est pas la loi salique en elle-même qui a aidé le jeune royaume à se développer. C’est le fait que, EN COMPARAISON AVEC LES ROYAUMES VOISINS, ce système de désignation du chef laissait peu de place aux intrigues de pouvoir et obligeait donc les élites à développer le pays si elles voulaient se développer elles-même.

Et là, que fait le RIC ? Il étouffe le pouvoir présidentiel. Donc les groupes d’influence vont s’en donner à cœur joie de passer par la case la plus haute pour défendre leurs intérêts, plutôt que de développer le pays.

Vous trouvez que j’exagère lorsque je dis que le RIC étouffe le pouvoir présidentiel ? Eh bien considérez que c’est peut-être exagéré mais dans l’âme du peuple c’est plutôt comme ça. S’il y a deux pouvoirs, l’esprit de contradiction français veut savoir lequel des deux est le plus fort.

Ce n’est pas le cas en Suisse. Car en Suisse, si deux pouvoirs sont en présence, ça ne sert peut-être à rien de les confronter : ils ne parlent peut-être pas la même langue.

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On pourrait s’arrêter là, mais ce serait faire l’impasse sur les Lumières françaises, et l’esprit de modération d’un Montesquieu, qui tout modéré qu’il est pourrait élever quelque protestation quant-au manque de considération de son idée dans mon exposé.

Il faut tout de même un contre-pouvoir face à l’arbitraire.

Mais sur qui s’exerce le pouvoir ? Sur le peuple. Donc le peuple doit avoir des représentants pour s’opposer à l’arbitraire du pouvoir, qu’il soit monarchique ou présidentiel. Malheureusement dans les deux cas il est absolu en France.

Pourquoi est-il devenu absolu ? Parce que le peuple français n’a pas réussi à trouver un équilibre stable entre pouvoir exécutif et législatif. Il a trouvé récemment une solution, un compromis, qui semblait le satisfaire, ou pour être plus précis qui le satisfait après coup : la cohabitation.

Et qu’on ne me parle pas du Sénat, qui va peut-être se refaire une virginité politique au détour de l’affaire Benalla, mais on reste dans l’apparence. D’autre part, les sénateurs représentent les collectivités locales. Et les collectivités locales, c’est pas les français. Ce sont des collectivités qui ont leurs besoins et leurs contraintes propres. Et surtout, la relation de représentation n’est pas transitive. Si Pierre représente Jacques, et Jacques représente Paul, on ne peut pas forcément dire que Pierre représente Paul.

Enfin, à l’origine de la Vème, c’est le Sénat qui désignait le Président de la République, mais le peuple a voulu qu’il en soit autrement par référendum.

Or, du fait de l’inversion du calendrier rendue possible encore par référendum, et par l’action perfide de Jacques Chirac il est clair que l’Assemblée Nationale va rester dans la main du Président.

La seule solution, je le répète sans cesse, est de simplifier drastiquement l’élection des députés. Les faire élire par 577 grands électeurs tirés au sort sur les listes électorales. Ainsi les députés seront plus proches de leurs électeurs car ils leur doivent tout.

Critique du RIC

Par où commencer ? Peut-être par le début, c’est-à-dire définir le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne) : Donc deux choses, référendum, et la question est écrite par des gens non élus. Étant entendu que le référendum est organisé par l’État.

Avant de parler du fond, on va peut-être parler de la forme. Parce que c’est justement un problème. Quelle forme ? Les partisans du RIC ne sont pas d’accord entre eux. Les partisans dirons-nous « canal historique » d’Yvan Bachaud veulent que la constitution soit modifiée pour définir un seuil de signatures citoyennes sur une proposition, permettant le déclenchement d’une procédure référendaire organisée par les pouvoirs publics.

On leur reproche de ne pas suffisamment prendre en compte l’action des médias de masse, qui risque de fausser le résultat des référenda, et même en amont qui risque de filtrer les propositions pour ne garder que celles qui sont sans danger pour le pouvoir en place. Donc, la nouvelle génération — Étienne Chouard, Gilets jaunes — travaille sur un RIC « amélioré », empêchant que la volonté populaire ne soit mal interprétée, du fait des distorsions médiatiques.

Le problème, c’est que là, ça devient complètement contradictoire. Pour protéger le RIC contre les manipulations, notamment médiatiques, on va sévèrement modifier la constitution, à coup d’institutionnalisation du quatrième pouvoir, le médiatique, de chambre citoyenne tirée au sort pour filtrer les propositions, et parfois même de collège d’experts censés éclairer le débat, dont j’aimerais bien que l’on m’explique comment on va garantir leur impartialité.

Et là, on ne peut que constater la mauvaise foi d’Étienne Chouard, qui considérait comme rédhibitoire la complexité du Traité Constitutionnel Européen en 2005, mais qui ne voit d’objection majeure à compliquer significativement la constitution française. C’est le deux poids deux mesures, d’autant plus absurde qu’ainsi ce RIC trop compliqué ne pourra pas être un outil politique à l’usage du peuple, qui a besoin de choses simples.

Bref, il y a de nombreuses façons d’envisager le RIC, et c’est pas tout de dire que 80% des gens y sont favorables, oui, mais quel RIC ? C’est comme dire qu’il y a sans doute au moins 90% des gens qui sont favorables à la paix dans le monde ou plus simplement à l’éradication de la pauvreté en France. Oui, mais on fait comment ? Quelles seront les modalités ? Va-t-on se mettre d’accord là dessus ?

Et il y a autre chose que les partisans des RICs oublient un peu vite, c’est le passage par la case Macron. Car imaginons un consensus (on se demande comment) sur des modalités précises du RIC, le maître de l’illusion n’aura aucun mal à faire sont travail si c’est nécessaire, et vous faire croire que vous avez gagné alors qu’en fait vous avez perdu. Là c’est un problème de posture, qui est lié au manque d’expérience politique de nombreux partisans de RIC, ils demandent, ils disent qu’il exigent un changement de contrat avec un banquier. Et ils s’imaginent les petits lapins que le banquier ne va rien obtenir en échange.

Alors on va me sortir l’exemple de la Suisse. En Suisse il y a des banquiers, et il y a le RIC. Oui, mais en Suisse il y a une culture qui veut ça. Je dirais même qu’il y a des cultures, puisqu’il y a plusieurs langues officielles, donc ça ne pose pas de problème de combiner plusieurs types de légitimité, la représentative et la directe. Parce que, entendons-nous bien, en France il y a la culture de la contradiction, donc deux légitimités différentes vont forcément entrer en conflit pour savoir qui est la plus forte. Macron l’a récemment exprimé devant un parterre de maires, et je suis tout-à-fait d’accord avec lui sur ce point.

Alors qu’en Suisse par exemple – pays militairement neutre, rappelons-le aussi – ça n’a pas de sens de dire qui est le plus grand auteur de littérature, car on ne peut pas comparer un auteur germanophone avec un auteur francophone, de langue italienne ou romanche. Les talents sont là, mais ça ne sert à rien de les comparer, ils sont là, c’est tout. Pareil pour les légitimités politiques, représentative et directe, elles sont là, c’est tout, pas dans la même langue politique mais elles sont là. On a pas à en marchander une avec un banquier.

Le fond maintenant. Ben le problème c’est que les français sont peureux. C’est une belle bande de poules mouillées. Elles sont dans l’assurance, elles ont peur de tout, donc elles veulent être assurées contre tout. J’en veux pour preuve un haut personnage de l’État, le président de l’Assemblée Nationale, qui est dans l’assurance, bien que l’on lui prête des manières de petit escroc de l’immobilier. Et c’est bien le problème français, si vous voulez une assurance, faut la payer. Si vous voulez un RIC inviolable, vous allez prendre cher.

*

C’est pourquoi, pour ne pas sombrer dans le pessimisme, je vais vous présenter le seul RIC qui trouve grâce à mes yeux, j’ai nommé le RIC simplifié. En fait il est tellement simple qu’il n’existe pas, ou si on regarde d’une autre manière il existe déjà, il suffit de le révéler, faire la petite modification qu’il faut dans la pierre angulaire du système de domination française pour qu’il exprime son plein potentiel. Et surtout on ne passe pas par la case Macron, ou alors en mode fait accompli, le travail ayant déjà été effectué avant.

Alors, de quoi s’agit-il ? Il s’agit de simplifier et de sécuriser l’élection des députés, pour que ces derniers soient plus enclins à relayer les initiatives citoyennes via la procédure existante dans la constitution de référendum d’initiative parlementaire. Comment fait-on cela ? C’est très simple, on institue – sans l’instituer formellement – un canal de communication privilégié entre les citoyens et les députés au moment de leur élection ; et dès que ce canal est rompu, on sait que le député n’est plus légitime.

Comment réaliser une telle élection ? Il n’y a pas 36 solutions. La seule qui a été étudiée et qui résiste aux critiques jusqu’à présent c’est l’élection des députés par 577 grands électeurs tirés au sort dans le corps électoral. On peut virer les lois encadrant la campagne électorale — il n’y en a plus, et autant moins à payer pour le contribuable —, et les grands électeurs peuvent choisir qui ils veulent dans leur entourage ou ailleurs pour les représenter à l’Assemblée Nationale, à condition que la personne soit d’accord bien entendu.

Bénéfice pour le contribuable, c’est que tout électeur qui ne trouve personne pour le représenter laisse un siège vide à l’Assemblée, un de moins à payer. Bénéfice pour le citoyen, c’est que le grand électeur, à l’issue de l’élection redevient un simple citoyen, et donc il sera plus sensible aux initiatives citoyennes qui lui semblent pertinentes. Or il suffit qu’il dise à la radio que son député ne le représente plus, pour que le représentant perde toute sa légitimité. Donc, pour d’autres raisons, le député a tout intérêt à relayer les initiatives citoyennes.

On finit avec une citation de Paul Valéry : ce qui est simple est faux, mais ce qui ne l’est pas est inapplicable.

Le capricieux Ric

 

 

 

 

 

 

C’est le capricieux Ric qui n’en veut que pour lui,
Matin midi et soir, toujours la même lubie :
Des référenda, lancés par les citoyens,
Et tant pis si on fuit, la question des moyens.

Cela vient de son éducation, achevée
À la pisse culturelle de la télévision.
Il est comme un junkie, complètement larvé.
Comment faire, pour le ramener à la raison ?

Et pourtant nous le peuple savons bien par expérience
Qu’il faut travailler pour vivre, et pour la subsistance
Nous sommes condamnés à créer de la richesse
Et de la politique nous fuyons les finesses.

On a pas l’ temps pour ça, comprends bien petit Ric,
Et c’est pour ça que l’on envoie des députés
Au palais Bourbon pour nous y représenter,
Même si c’est clair, on comprend bien qu’il y a un hic.

Le hic, c’est que le pouvoir est comme l’héroïne,
C’est une forte drogue qui coupe des réalités ;
Et c’est pourquoi, c’est vrai, et c’est souvent cité,
En Suisse le référendum passe pour une doctrine

De nature à contrer les excès des élus.
Mais si la Suisse peut facilement combiner
Plusieurs types de légitimité reconnues,
C’est qu’au moins quatre langues y sont enracinées.

Allemand, Français, Italien et Romanche y sont
Les vecteurs des systèmes de pensée, permettant
D’y voir au moins deux systèmes de domination
Dans le cerveau brumeux du puissant Léviathan.

En France une telle chose ne serait pas naturelle,
elle ferait donc l’objet d’un cruel marchandage
où le RIC participera au sabotage
comme en Italie, des droits individuels !

En France, ce que nous dirait une bonne médecine,
C’est qu’il faut prendre le problème à la racine.
Et c’est le Peuple, lui-même, en autogestion,
Qui doit envoyer des gens au Palais bourbon.

Ne plus dépendre d’une liste de candidats
Imposée par l’État ; et d’un scrutin de masse,
Débile, injuste, onéreux, et d’une bêtise crasse,
Qui favorise les possesseurs des grands médias.

Il faut tirer au sort de simples citoyens,
577, du corps électoral,
qui désigneront ensuite — quoi de plus normal —
LES VRAIS REPRÉSENTANTS DU PEUPLE SOUVERAIN !

Et pour ce faire — préparer aux grands électeurs —
J’appelle en ce jour, et pour les années qui viennent
Les démocrates réels à se faire collecteurs
Des listes électorales de leurs communes humaines.

Lettre à Machiavel au sujet du RIC

Cher Machiavel,

 

il me plaît de poursuivre notre discussion ici.

Elle a trait au référendum d’initiative citoyenne (RIC), que la mouvance chouariste appelle de ses voeux.

Je ne suis pas contre le principe que de simples citoyens puissent initier des référenda ; et d’ailleurs que ce soit soit dans la missive du Prince ou dans les dernières déclarations de ses valets, nous sentons le vent tourner en faveur d’une possible implication des citoyens dans les affaires de leur pays.

Nos points de vue divergent cependant quant-à la forme.

Pour vous cher Machiavel, non seulement le RIC doit être explicitement inscrit dans la Constitution, mais cette dernière doit fournir des garanties quant-à sa bonne exécution, des protections contre les possibles manipulations dont il pourra faire l’objet.

Mon opinion vous l’aurez compris est inverse : il suffit de changer le mode de désignation des représentants du peuple, pour que ces derniers soient plus enclins à relayer les initiatives citoyennes.

Aussi, dans un premier temps, et comme le veut la tradition argumentative, je parcourerai les quatre types de RIC dans l’ordre croissant de mes doutes à leur égard. Puis, en dépit de mon affection pour vous j’insisterai sur le fait que d’après moi votre discours n’est pas, vraiment pas réaliste, il en est même dangereux. Cela fait, cette lettre se soldera par une tentative d’élevation du débat, qui débouchera sur la présentation de certains aspects de ma proposition.

Mais pour commencer, il est à noter que le RIC est la seule modalité légitime pour changer la Constitution. En effet, ce n’est pas aux hommes de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. Une telle évidence pourra être partagée par le plus grand nombre, il n’y a que ceux qui sont déjà bien enivrés par le pouvoir qui ne sont pas forcément de cet avis.

Cependant la question est de savoir s’il est pertinent de changer la constitution. Je ne le pense pas, elle a déjà été changée pas mal de fois au cours de la Vème République, avec le résultat que l’on sait, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Ne nous étendons pas là dessus maintenant, nous aurons l’occasion d’en rediscuter.

Vient ensuite le référendum révocatoire. Là encore, je ne puis avancer quelque objection de fond, étant donné que ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire. Les gens élisent des représentants, ils peuvent les révoquer c’est logique.

Le soucis c’est que l’impatience, si elle est une belle vertu dans le monde professionnel, notamment chez l’informaticien qui accélère le travail des machines ; cette même impatience est très dangereuse en politique, bien que le mot « attendre » n’y existe pas : et c’est bien là le piège d’ailleurs. N’oublions pas que les élus sont des êtres humains, pas des machines.

Alors, quid du référendum abrogatoire ?

C’est une perte de temps. De toute façon, si la caste politico-médiatique a décidé d’un dispositif législatif pour faire avancer ses intérêts, elle le restaurera, sous une autre forme, même après abrogation populaire. Le peuple lui, est occupé à créer de la richesse pour subsister, il n’a pas le temps pour s’immiscer dans des querelles sans fin.

Et même punition pour le référendum législatif, si une loi est contraire aux intérêts des puissants, elle sera contournée, balayée, écrasée par ces derniers.

Mais ce n’est pas le plus important.

Le plus important c’est que votre discours est dangereux car il n’est pas réaliste.

Reprenons.

Il est évident que les puissances d’argent feront tout pour influer sur le résultat des référenda, si la question touche à leurs intérêts. Deux cas se présentent alors : elles gagnent ou elles perdent. Si elles gagnent, leurs intérêts voient leur légitimité renforcée par le sceau de la volonté populaire. Si elles perdent, elles n’auront qu’à donner un petit susucre à quelque politicien, la catastrophe du 4 février 2008 en est un bel exemple.

Alors vous me dites, oui mais il faut justement modifier la constitution pour que cette dernière garantisse une non-ingérence des médias détenus par les milliardaires durant le processus référendaire. Non mais MaQiavel, franchement, sur quelle planète vivez-vous ?

D’une part, ça ne répond pas complètement à la question, d’autre part bon courage pour changer la constitution dans ce sens, et enfin, avez-vous une autre solution que l’expropriation ? Ah si, vous avez parlé, si je me souviens bien, du « média du RIC ». Pourquoi pas, mais que ce passera-t-il si les puissances d’argent arrivent malgré tout à contrôler ce média ? C’est pire.

Je connais votre discours, il existe un antidote, une baguette magique, qui permet de couper le lien entre l’argent et le pouvoir politique. On devrait plutôt parler de ciseau magique du coup. Il s’agit du tirage au sort. Et je suis d’accord avec ça.

Le problème c’est qu’un média de masse n’est pas seulement une affaire de bonne volonté. Il faut des compétences, des gens rémunérés, du matériel. Je vois certes comme vous de nombreux blogueurs très talentueux, et ça me donne espoir, mais d’un autre côté je n’oublie pas que le pouvoir est une drogue, et qu’un média du RIC serait très haut dans le pouvoir.

Je trouve que votre discours est très dangereux.

Alors passons au mien maintenant si vous voulez bien.

Déjà dire d’où il vient.

Il vient de la langue française, et c’est important car la langue est le reflet d’un peuple.

Plus précisément il vient des sémiologues des années 80 qui ont théorisé les trois modalités de l’action, qu’elle soit politique donc collective ou individuelle. Il s’agit du Pouvoir, du Savoir et du Vouloir. Et le problème français, c’est que le Vouloir est captif du Pouvoir.

Vu de plus près, on voit des citoyens ligotés politiquement, et ne me dites pas que vous voyez autre chose, je vous ai posé explicitement la question de savoir s’il « s’agit de pouvoir bouger au moins quelque chose, ne serait-ce qu’un petit doigt pour donner du jeu au cordage ». Et vous avez répondu : « Tout à fait , je partage à 100 % cette façon de voir ».

Nous y voilà.

Il ne reste plus qu’à demander son avis au Savoir.

C’est très simple, la solution est dans le lâcher-prise du plus grand nombre au profit de 577 grands électeurs qui pourront manipuler le cordage dans de meilleures conditions, c’est-à-dire choisir les députés avec le plus grand soin.

Mais puisqu’en France le cens n’a pas de sens, il n’y a pas d’autre procédure que le tirage au sort dans les listes électorales pour constituer le collège de grands électeurs. Nous ne saurions accepter d’ailleurs, aucune forme de discrimination, qu’elle soit de genre, de race, ou d’opinion politique.

Mais quitte à donner du jeu au cordage, allons-y vraiment.

Organisons des élections populaires, libres, c’est-à-dire sans candidat. Quittons le cirque électoral pour rejoindre le domaine de la démarche civique, celle où l’électeur cherche quelqu’un pour le représenter à l’Assemblée Nationale, discute peut-être un peu avec lui pour lui demander son avis et lui faire comprendre qu’un élu perd toute légitimité sitôt que son électeur déclare ne plus se sentir représenté.

Cela permet aussi à un électeur de se choisir lui-même, car c’est bien connu, on est jamais mieux représenté que par soi-même. Ou au contraire, s’il refuse de porter une telle reponsabilité – ce qui est son droit – il peut faire ce qu’il fait déjà maintenant, c’est-à-dire ne pas voter, et laisser par là même un siège vide à l’assemblée, qui nous coûtera moins cher.