Démocratie Réelle 2.0

Rappelons ce qu’avait été la Démocratie Réelle 1.0. À l’occasion des élections européennes de 2014 en France une bande de jeunes avait constitué 7 listes de candidats tirés au sort parmi les volontaires. Une première !

Lors des départementales qui suivirent, une liste DR fit même 7% dans le Lot.

En 2021 le temps est venu d’aller plus loin, avec un concept plus élaboré.

L’idée est de tirer au sort non pas des candidats, mais des électeurs sur les listes électorales. Ensuite ces électeurs vont désigner les candidats qu’ils aimeraient bien voir se présenter. Enfin nous suivrons le parcours de ces candidats d’un nouveau genre, lors des élections départementales.

Ce que nous dit l’affaire Griveau

Il s’agit bien entendu d’un titre mensonger, comme tout dans cette affaire. L’affaire ne dit rien en elle-même, elle est la simple expression de ce qui se passe à l’heure actuelle. Le plus important pour nous simples citoyens est d’en connaître les bonnes et les mauvaises conséquences pour notre quotidien.

Et puisque que vous êtes ici sur un blog assez critique sur le concept d’élection de masse, nous allons taper, sans surprise, sur le concept d’élection de masse.

Les faits

Alors, le rappel des faits. Un candidat à la Mairie de Paris se présentait comme un modèle de vertu familiale. Or, ont été publiées des vidéo compromettantes insinuant qu’il trompait sa femme. Bon, la première chose qui vient à l’esprit, c’est que cela rappelle une autre affaire, celle d’un candidat à la présidentielle, qui se présentait comme un modèle de vertu républicaine. Ou, pour être plus précis, qui n’hésitait pas à faire des remarques désobligeantes sur les possibles mises en examen d’autrui.

Donc, ce type d’affaire n’est pas nouveau ; et il risque de se multiplier.

Les avantages

Regardons-en d’abord les avantages. Le premier d’entre eux, c’est que cela fragilise La République En Marche, très vilain parti présidentiel hostile à la souveraineté de la France ; du coup hostile à la France tout court. Pour le comprendre il faut remettre ces élections municipales dans le cadre plus large des institutions françaises, qui normalement auraient du nous protéger des débordements du mondialisme ambiant.

Donc oui, il faut rappeler que les conseillers municipaux élisent les sénateurs, et que les sénateurs sont notre dernière toute petite chance d’échapper au CETA. Et que une fois le CETA passé ce sont les TAFTA, JEFTA et autres qui vont précipiter la fin de la souveraineté française à coup de lois payantes. En effet, le CETA — traité dit de libre échange entre le Canada et l’Union Européenne — prévoit que même si des consommateurs français trouvent qu’un produit en provenance du Canada est dangereux et qu’il vaudrait mieux l’interdire à la vente en France, et que lesdits consommateurs arrivent à convaincre les députés ou le gouvernement qu’il faut réglementer dans ce sens, eh ben non.

Le ver est dans le fruit

Eh ben non, parce que la France aura certes le droit d’interdire l’importation de produits qu’elle estimera dangereux, mais elle s’exposera alors à des sanctions financières pour réparer le préjudice subit par l’industriel canadien du fait du manque à gagner. Et c’est le contribuable français qui payera, bien entendu, c’est pourquoi l’on parle de concept de lois payantes. Alors évidemment dans le texte du CETA cela s’appelle « mécanisme de protection des investissements », mais ça c’est la langue des financiers multinationaux. Nous dans la langue des peuples et des citoyens cela s’appelle lois payantes.

Et ce n’est pas tout, ou plutôt ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. Oui, cher lecteur, ne résistez pas à l’appel de la forêt. C’est un peu effrayant, certes, mais cela vaut le détour.

Le gentil mondialisme

En effet, il faut rappeler un peu ce qu’est la mondialisation néo-libérale. Et le carcan des règles de l’OMC. Qui n’ont rien de libérales d’ailleurs, il s’agit tout simplement d’outils de prédation. Le mécanisme le plus vicieux de l’affaire étant sans doute celui qui restreint la liberté des zones commerciales lorsqu’elles contractent entre elles. En effet si une zone A et une zone B établissent entre elles un traité de libre échange T, eh bien ces deux zones ne pourront plus refuser aux zones C, D, E, F, etc. une clause contenue dans T.

Ce qui veut dire que si la France dit oui au Canada, elle ne pourra plus dire non au Japon, aux État-Unis d’Amérique, au Vietnam, aux pays d’Amérique du Sud, et j’en passe.

Bref, rapidement, la France devra payer même les produits qu’elle ne veut pas acheter, c’est ce qu’on appelle de la vente forcée. Et Emmanuel Macron (tiens, même initiales que En Marche et Élections de Masse) était le seul candidat à l’Élection présidentielle ouvertement favorable au CETA. Si bien qu’il n’est pas exagéré de dire que chaque voix pour LREM sera un voix contre la France.

Alors, dans ces conditions, on pourrait se dire « Chouette ! », l’affaire Griveau fragilise quelque peu LREM pour les sénatoriales.

Le problème, c’est qu’un danger encore plus grand nous guette. Oui, il y a pire que la perte de cette liberté collective que l’on appelle la souveraineté. Il y a la perte de libertés individuelles.

Les libertés individuelles

Et la liberté d’expression sur les réseaux sociaux n’est pas la plus petite d’entre elles. En effet il faut bien voir la très grande différence entre l’affaire Fillon et l’affaire Griveau. Dans le premier cas, elle arrange le grand capital. Dans le second ce n’est pas le cas.

Oui ce qu’il faut voir c’est que dans le premier cas le grand capital était tout content que les citoyens relayent abondamment les nouvelles de Télé-Drahi sur les réseaux sociaux, car il préférait un banquier comme Pompidou à un catholique comme Fillon. Mais là c’est très différent car ce n’est pas dans l’intérêt des puissants que LREM perde de l’influence.

On voit donc sur les médias de masse les journalistes bien dressés prendre fait et cause pour le malheureux Griveau, victime d’une intolérable atteinte à sa vie privée. Mais plus grave on voit des députés serviles demander des comptes à Twitter pour avoir relayé des messages défavorables à leur parti. Une députée pense même tout haut qu’il faudrait interdire la plateforme en question. Oui, il vaut mieux punir que guérir.

Les nouveaux moyens d’expression individuelle

D’ailleurs si elle est la seule concernée pour l’instant, c’est que les autres, Google, Youtube et Facebook ont déjà des accords pour limiter la diffusion de pensées dissidentes et d’informations compromettantes. Que reçoivent-elles en échange ? Rien, bien entendu, sinon des oreilles particulièrement attentives et bienveillantes dès qu’il s’agira de solliciter quelque indulgence fiscale auprès de Bercy.

Et donc on voit déjà les algorithmes de Facebook augmenter la visibilité relative de contenus sans saveur, sans danger pour le système en place. On le voit d’ailleurs aussi fermer des comptes, comme ça, parce que leurs titulaires ne pensent pas toujours comme il faut. Il en est de même pour Youtube qui s’amuse à fermer des comptes et à référencer le moins possibles les vidéos qui ne font pas plaisir à Macron.

Les gentils n’ont rien à craindre

Alors vous pouvez vous dire que vous ne risquez rien. Que si vous n’avez que des opinions gentilles et pas des opinions méchantes vous pourrez continuer à vous exprimer librement sur les réseaux sociaux. Sauf que, ce genre de chose, on sait très bien où ça commence mais personne ne sait où ça finit.

Le mieux avant de s’enfoncer dans de regrettables pensées est de revenir aux fondamentaux et d’étudier la racine du problème. Et le problème ce n’est pas le grand capital, car le grand capital c’est une force en présence.

L’élection de masse

Non, le problème c’est que les candidats aux élections de masse sont exposés. Ils sont exposés, donc ils sont en position de faiblesse. Ils sont en position de faiblesse donc ils ont besoin du grand capital pour exister.

Alors que celui qui devrait être exposé, c’est le votant ! En effet, tant que le votant n’est pas exposé il est par nature irresponsable. Et tant que le votant est irresponsable devant le citoyen, l’élu n’a aucune raison d’être responsable devant le votant. Non, l’élu est uniquement responsable devant le capital dont les médias de diffusion de masse ont été utiles pour son élection. Ils l’ont présenté sous un meilleur profil que ses concurrents.

Du coup l’élu a une dette envers le capital, et qui paye ses dettes s’enrichit.

Le débat

Alors vous allez me dire que je raconte n’importe quoi, et que l’élu est évidemment responsable devant ses électeurs, puisque si ces derniers sont mécontents ils ne le rééliront pas. Ce que je vous réponds c’est que c’est vous qui n’êtes pas sérieux si vous avez des pensées pareilles.

On pouvait penser de la sorte il y a quelques siècles lorsque le peuple n’avait d’expérience significative de l’élection de masse. Ce que je dis, c’est que si il en était ainsi les élus seraient presque toujours meilleurs que ceux de la génération précédente. En effet, les électeurs auraient tout loisir d’éprouver les faiblesses des uns pour ensuite en choisir d’ autres plus à même de servir l’intérêt général.

La pensée magique n’est pas toujours là où on le croit

Non mais là vous êtes en pleine pensée magique, où d’élection de masse en élection de masse, la masse sélectionne de proche en proche l’élu parfait correspondant au profil optimal du candidat qui tiendra ses promesses.

Le problème de cette approche, c’est qu’on ne parle pas de votants, mais de bulots. Sinon, comment expliquer cette évolution qui va du Général de Gaulle, se poursuit par Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, et maintenant Macron ???

D’un point de vue scientifique il ne faut pas oublier que les expériences comportementales ont bien mis en évidence ce qui régissait les processus de décision : ce n’est pas le raisonnement, mais l’habitude. C’est pour cela qu’elles sont si dures à changer.

Le raisonnement a moins d’influence qu’on le dit

Le raisonnement, lui, pourra se baser sur des valeurs personnelles, mais il ne sert qu’à justifier le vote. Il nous sert à avoir bonne conscience, peu importe la crapule — que nous ne connaissons pas — pour laquelle nous avons voté. Puisque nous avons notre raison pour justifier notre choix à coup de pensées subtiles, édifiantes, lumineuses auprès de notre entourage et surtout devant nous-même.

Or, statistiquement, d’où vient l’habitude dans le cadre des élections de masse ? De la télévision, de la radio et autres canaux de diffusion de masse qui impriment les noms des candidats plus ou moins durablement dans votre cerveau qui, je vous l’accorde, avait sans doute d’autres chats à fouetter.

Mais il ressort de cette démonstration que tant que l’élection de masse existera, le capital dominera, les deux sont indissociables.

Inhumaine

Ce que je reproche à l’élection de masse, c’est qu’elle est inhumaine. Oui, le fait que beaucoup de gens votent ne lui confère aucune humanité. Au contraire. Après tout, on dit aussi que l’impôt tue l’impôt, et les gens préfèrent souvent travailler dans des entreprises à taille humaine, avec pas trop de salariés.

La première image que nous allons étudier est celle du départ en vacances. C’est bien le départ en vacances. On dit souvent que plus il est compliqué, plus les vacances vont être bonnes. Et c’est bien les vacances. Comme le droit de vote est bien, aussi. Mais quand tout le monde part en même temps, c’est compliqué, dirons nous.

Alors, je ne vais pas vous faire croire qu’il y a des queues interminables aux bureaux de vote, qu’on y risque l’insolation en été ou la congélation en hiver. Cela arrive pourtant, mais l’objet de cet article sans prétention est de présenter quelque généralité, pas de pointer du doigt quelque cas particulier.

D’autant plus que le bureau de vote, lui, peut être considéré de taille humaine. Et à l’intérieur, il y a, dirons nous, un peu de chaleur humaine. Les gens à l’entrée nous disent bonjour, il y a un minimum de respect. Je dis ça, car je hais tellement l’élection de masse que je veux absolument garder deux-trois choses positives pour dire le jour de son enterrement, que j’espère proche.

Mais s’il y a un peu de chaleur humaine et de bonne éducation à l’entrée du bureau de vote, il y a une rigueur du règlement, un peu surprenante. Aussi, s’il est compréhensible que l’anonymat du vote puisse être garantit pour ceux qui souhaitent en profiter, il est pour le moins surprenant qu’on ait pas le droit de montrer pour qui on vote. Car si vous essayez de le faire, vous aller voir les gens du bureau de vote beaucoup sympathiques et polis qu’il vous avait paru au premier abord.

Car c’est la première grosse contradiction de l’élection de masse. On a le droit de vote, mais personne n’a le droit de savoir pour qui l’on vote. C’est complètement débile. D’autant plus que la publication assumée de nombreux votes pourrait ajouter quelque crédit aux résultats officiels des élections. Mais le système préfère privilégier la suspicion. Comment ne pas avoir des doutes sur ce qui se passe lors des dépouillements ?

Les forces en présence ont beau être officiellement en compétition, ne savons nous pas qu’ils sont copains comme cochon dans la vrai vie ? Surtout que les règles électorales, la morale, tout ça c’est du vent dès qu’il s’agit de proclamer les résultats. Et même après, s’il s’avère qu’un candidat ou une candidate a enfreint quelque règle tout dépendra s’il est dans le camps des vainqueurs ou celui des vaincus.

L’exemple le plus fameux est sans doute celui du roi fainéant Chirac, dont les comptes de campagne, de l’aveu même du président de la commission, étaient truqués à un point qu’il était inutile d’en parler plus longtemps. Il a tout de même été confirmé dans ses fonctions en dépit du caractère manifestement frauduleux des moyens employés pour arriver à ses fins.

Eh oui, l’élection de masse est injuste. Fatalement. Les ceusses qui respectent scrupuleusement le règlement n’ont aucune chance de gagner, et ce faisant ce sont eux qui ont des problèmes avec le système électoral de masse qui les broie, sans pitié. S’ils ne veulent pas y perdre trop de plumes, le mieux est de trouver un arrangement avec les vainqueurs, vous savez, un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Surtout qu’en manière électorale, de bon procès, il n’y en a pas.

Alors me direz-vous, c’est normal, le roi interdit à ses sujets de porter la couronne car il est le seul à pourvoir le faire. Et par exemple dans un contexte multinational compliqué, dans une mondialisation agressive, il vaut mieux que le chef de l’État ne soit pas toujours très respectueux des usages car les autres ne le seront pas toujours, et je ne dirai pas le contraire. En fait, pour gagner du terrain, ou dans le cas de la France d’aujourd’hui, pour ne pas en perdre trop, la posture de bon élève systématique est à proscrire.

Je le dis, je suis d’accord, mais cela n’enlève rien au fait que l’élection de masse est monstrueusement injuste. Surtout que, l’élection présidentielle est un cas particulier dans le sens où elle a été approuvée par référendum, donc elle est légitime. Injuste, mais légitime. Alors que les autres scrutins sont justes illégitimes. Alors vous me direz qu’elles ont elles aussi été validées lors du référendum initial sur la Vème République.

Bulletin de vote « Oui », pour le referendum du 28 septembre 1958, pour une nouvelle Constitution, proposee par le general Charles de Gaulle. ©Selva/Leemage

Ce n’est pas tout-à-fait vrai. La constitution dit au final très peu de choses sur l’organisation des scrutins. Et, pour aller plus loin, ce te texte se base sur la déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’article 21.3 précise que les scrutins doivent être honnêtes et libres. Laissez-moi rire. Les élections ne sont ni honnêtes ni libres. Ni honnêtes, bon, ça c’est une évidence, ni libres, car les votants ne sont absolument pas libres de voter pour qui ils veulent.

S’ils mettent dans l’urne un autre nom qu’un de ceux qui est proposé par l’État leur bulletin est alors considéré comme nul. Le pire étant dans le cas des scrutins de liste, où le votant se voit obligé d’accepter une liste de noms en bloc, même sil sait par expérience que certains n’auraient rien à y faire. Les élections ne sont pas libres, vous n’avez pas le droit de faire campagne la veille ou même le jour du scrutin. Pourquoi ?

Car le législateur, cet homme de pouvoir qui a écrit les règles du pouvoir, en a décidé ainsi. Les politiciens se sont mis d’accord entre eux pour établir des règles de scrutin qui leur soient favorables, afin de conserver le pouvoir qui est une drogue. Plus on en a, plus on en veut. Nous les électeurs nous n’avons fait que subir cette situation. Et moi le citoyen je réclame le sevrage de l’élection de masse.