Inhumaine

Ce que je reproche à l’élection de masse, c’est qu’elle est inhumaine. Oui, le fait que beaucoup de gens votent ne lui confère aucune humanité. Au contraire. Après tout, on dit aussi que l’impôt tue l’impôt, et les gens préfèrent souvent travailler dans des entreprises à taille humaine, avec pas trop de salariés.

La première image que nous allons étudier est celle du départ en vacances. C’est bien le départ en vacances. On dit souvent que plus il est compliqué, plus les vacances vont être bonnes. Et c’est bien les vacances. Comme le droit de vote est bien, aussi. Mais quand tout le monde part en même temps, c’est compliqué, dirons nous.

Alors, je ne vais pas vous faire croire qu’il y a des queues interminables aux bureaux de vote, qu’on y risque l’insolation en été ou la congélation en hiver. Cela arrive pourtant, mais l’objet de cet article sans prétention est de présenter quelque généralité, pas de pointer du doigt quelque cas particulier.

D’autant plus que le bureau de vote, lui, peut être considéré de taille humaine. Et à l’intérieur, il y a, dirons nous, un peu de chaleur humaine. Les gens à l’entrée nous disent bonjour, il y a un minimum de respect. Je dis ça, car je hais tellement l’élection de masse que je veux absolument garder deux-trois choses positives pour dire le jour de son enterrement, que j’espère proche.

Mais s’il y a un peu de chaleur humaine et de bonne éducation à l’entrée du bureau de vote, il y a une rigueur du règlement, un peu surprenante. Aussi, s’il est compréhensible que l’anonymat du vote puisse être garantit pour ceux qui souhaitent en profiter, il est pour le moins surprenant qu’on ait pas le droit de montrer pour qui on vote. Car si vous essayez de le faire, vous aller voir les gens du bureau de vote beaucoup sympathiques et polis qu’il vous avait paru au premier abord.

Car c’est la première grosse contradiction de l’élection de masse. On a le droit de vote, mais personne n’a le droit de savoir pour qui l’on vote. C’est complètement débile. D’autant plus que la publication assumée de nombreux votes pourrait ajouter quelque crédit aux résultats officiels des élections. Mais le système préfère privilégier la suspicion. Comment ne pas avoir des doutes sur ce qui se passe lors des dépouillements ?

Les forces en présence ont beau être officiellement en compétition, ne savons nous pas qu’ils sont copains comme cochon dans la vrai vie ? Surtout que les règles électorales, la morale, tout ça c’est du vent dès qu’il s’agit de proclamer les résultats. Et même après, s’il s’avère qu’un candidat ou une candidate a enfreint quelque règle tout dépendra s’il est dans le camps des vainqueurs ou celui des vaincus.

L’exemple le plus fameux est sans doute celui du roi fainéant Chirac, dont les comptes de campagne, de l’aveu même du président de la commission, étaient truqués à un point qu’il était inutile d’en parler plus longtemps. Il a tout de même été confirmé dans ses fonctions en dépit du caractère manifestement frauduleux des moyens employés pour arriver à ses fins.

Eh oui, l’élection de masse est injuste. Fatalement. Les ceusses qui respectent scrupuleusement le règlement n’ont aucune chance de gagner, et ce faisant ce sont eux qui ont des problèmes avec le système électoral de masse qui les broie, sans pitié. S’ils ne veulent pas y perdre trop de plumes, le mieux est de trouver un arrangement avec les vainqueurs, vous savez, un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Surtout qu’en manière électorale, de bon procès, il n’y en a pas.

Alors me direz-vous, c’est normal, le roi interdit à ses sujets de porter la couronne car il est le seul à pourvoir le faire. Et par exemple dans un contexte multinational compliqué, dans une mondialisation agressive, il vaut mieux que le chef de l’État ne soit pas toujours très respectueux des usages car les autres ne le seront pas toujours, et je ne dirai pas le contraire. En fait, pour gagner du terrain, ou dans le cas de la France d’aujourd’hui, pour ne pas en perdre trop, la posture de bon élève systématique est à proscrire.

Je le dis, je suis d’accord, mais cela n’enlève rien au fait que l’élection de masse est monstrueusement injuste. Surtout que, l’élection présidentielle est un cas particulier dans le sens où elle a été approuvée par référendum, donc elle est légitime. Injuste, mais légitime. Alors que les autres scrutins sont justes illégitimes. Alors vous me direz qu’elles ont elles aussi été validées lors du référendum initial sur la Vème République.

Bulletin de vote « Oui », pour le referendum du 28 septembre 1958, pour une nouvelle Constitution, proposee par le general Charles de Gaulle. ©Selva/Leemage

Ce n’est pas tout-à-fait vrai. La constitution dit au final très peu de choses sur l’organisation des scrutins. Et, pour aller plus loin, ce te texte se base sur la déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’article 21.3 précise que les scrutins doivent être honnêtes et libres. Laissez-moi rire. Les élections ne sont ni honnêtes ni libres. Ni honnêtes, bon, ça c’est une évidence, ni libres, car les votants ne sont absolument pas libres de voter pour qui ils veulent.

S’ils mettent dans l’urne un autre nom qu’un de ceux qui est proposé par l’État leur bulletin est alors considéré comme nul. Le pire étant dans le cas des scrutins de liste, où le votant se voit obligé d’accepter une liste de noms en bloc, même sil sait par expérience que certains n’auraient rien à y faire. Les élections ne sont pas libres, vous n’avez pas le droit de faire campagne la veille ou même le jour du scrutin. Pourquoi ?

Car le législateur, cet homme de pouvoir qui a écrit les règles du pouvoir, en a décidé ainsi. Les politiciens se sont mis d’accord entre eux pour établir des règles de scrutin qui leur soient favorables, afin de conserver le pouvoir qui est une drogue. Plus on en a, plus on en veut. Nous les électeurs nous n’avons fait que subir cette situation. Et moi le citoyen je réclame le sevrage de l’élection de masse.

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