Lettre à Machiavel au sujet du RIC

Cher Machiavel,

 

il me plaît de poursuivre notre discussion ici.

Elle a trait au référendum d’initiative citoyenne (RIC), que la mouvance chouariste appelle de ses voeux.

Je ne suis pas contre le principe que de simples citoyens puissent initier des référenda ; et d’ailleurs que ce soit soit dans la missive du Prince ou dans les dernières déclarations de ses valets, nous sentons le vent tourner en faveur d’une possible implication des citoyens dans les affaires de leur pays.

Nos points de vue divergent cependant quant-à la forme.

Pour vous cher Machiavel, non seulement le RIC doit être explicitement inscrit dans la Constitution, mais cette dernière doit fournir des garanties quant-à sa bonne exécution, des protections contre les possibles manipulations dont il pourra faire l’objet.

Mon opinion vous l’aurez compris est inverse : il suffit de changer le mode de désignation des représentants du peuple, pour que ces derniers soient plus enclins à relayer les initiatives citoyennes.

Aussi, dans un premier temps, et comme le veut la tradition argumentative, je parcourerai les quatre types de RIC dans l’ordre croissant de mes doutes à leur égard. Puis, en dépit de mon affection pour vous j’insisterai sur le fait que d’après moi votre discours n’est pas, vraiment pas réaliste, il en est même dangereux. Cela fait, cette lettre se soldera par une tentative d’élevation du débat, qui débouchera sur la présentation de certains aspects de ma proposition.

Mais pour commencer, il est à noter que le RIC est la seule modalité légitime pour changer la Constitution. En effet, ce n’est pas aux hommes de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. Une telle évidence pourra être partagée par le plus grand nombre, il n’y a que ceux qui sont déjà bien enivrés par le pouvoir qui ne sont pas forcément de cet avis.

Cependant la question est de savoir s’il est pertinent de changer la constitution. Je ne le pense pas, elle a déjà été changée pas mal de fois au cours de la Vème République, avec le résultat que l’on sait, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Ne nous étendons pas là dessus maintenant, nous aurons l’occasion d’en rediscuter.

Vient ensuite le référendum révocatoire. Là encore, je ne puis avancer quelque objection de fond, étant donné que ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire. Les gens élisent des représentants, ils peuvent les révoquer c’est logique.

Le soucis c’est que l’impatience, si elle est une belle vertu dans le monde professionnel, notamment chez l’informaticien qui accélère le travail des machines ; cette même impatience est très dangereuse en politique, bien que le mot « attendre » n’y existe pas : et c’est bien là le piège d’ailleurs. N’oublions pas que les élus sont des êtres humains, pas des machines.

Alors, quid du référendum abrogatoire ?

C’est une perte de temps. De toute façon, si la caste politico-médiatique a décidé d’un dispositif législatif pour faire avancer ses intérêts, elle le restaurera, sous une autre forme, même après abrogation populaire. Le peuple lui, est occupé à créer de la richesse pour subsister, il n’a pas le temps pour s’immiscer dans des querelles sans fin.

Et même punition pour le référendum législatif, si une loi est contraire aux intérêts des puissants, elle sera contournée, balayée, écrasée par ces derniers.

Mais ce n’est pas le plus important.

Le plus important c’est que votre discours est dangereux car il n’est pas réaliste.

Reprenons.

Il est évident que les puissances d’argent feront tout pour influer sur le résultat des référenda, si la question touche à leurs intérêts. Deux cas se présentent alors : elles gagnent ou elles perdent. Si elles gagnent, leurs intérêts voient leur légitimité renforcée par le sceau de la volonté populaire. Si elles perdent, elles n’auront qu’à donner un petit susucre à quelque politicien, la catastrophe du 4 février 2008 en est un bel exemple.

Alors vous me dites, oui mais il faut justement modifier la constitution pour que cette dernière garantisse une non-ingérence des médias détenus par les milliardaires durant le processus référendaire. Non mais MaQiavel, franchement, sur quelle planète vivez-vous ?

D’une part, ça ne répond pas complètement à la question, d’autre part bon courage pour changer la constitution dans ce sens, et enfin, avez-vous une autre solution que l’expropriation ? Ah si, vous avez parlé, si je me souviens bien, du « média du RIC ». Pourquoi pas, mais que ce passera-t-il si les puissances d’argent arrivent malgré tout à contrôler ce média ? C’est pire.

Je connais votre discours, il existe un antidote, une baguette magique, qui permet de couper le lien entre l’argent et le pouvoir politique. On devrait plutôt parler de ciseau magique du coup. Il s’agit du tirage au sort. Et je suis d’accord avec ça.

Le problème c’est qu’un média de masse n’est pas seulement une affaire de bonne volonté. Il faut des compétences, des gens rémunérés, du matériel. Je vois certes comme vous de nombreux blogueurs très talentueux, et ça me donne espoir, mais d’un autre côté je n’oublie pas que le pouvoir est une drogue, et qu’un média du RIC serait très haut dans le pouvoir.

Je trouve que votre discours est très dangereux.

Alors passons au mien maintenant si vous voulez bien.

Déjà dire d’où il vient.

Il vient de la langue française, et c’est important car la langue est le reflet d’un peuple.

Plus précisément il vient des sémiologues des années 80 qui ont théorisé les trois modalités de l’action, qu’elle soit politique donc collective ou individuelle. Il s’agit du Pouvoir, du Savoir et du Vouloir. Et le problème français, c’est que le Vouloir est captif du Pouvoir.

Vu de plus près, on voit des citoyens ligotés politiquement, et ne me dites pas que vous voyez autre chose, je vous ai posé explicitement la question de savoir s’il « s’agit de pouvoir bouger au moins quelque chose, ne serait-ce qu’un petit doigt pour donner du jeu au cordage ». Et vous avez répondu : « Tout à fait , je partage à 100 % cette façon de voir ».

Nous y voilà.

Il ne reste plus qu’à demander son avis au Savoir.

C’est très simple, la solution est dans le lâcher-prise du plus grand nombre au profit de 577 grands électeurs qui pourront manipuler le cordage dans de meilleures conditions, c’est-à-dire choisir les députés avec le plus grand soin.

Mais puisqu’en France le cens n’a pas de sens, il n’y a pas d’autre procédure que le tirage au sort dans les listes électorales pour constituer le collège de grands électeurs. Nous ne saurions accepter d’ailleurs, aucune forme de discrimination, qu’elle soit de genre, de race, ou d’opinion politique.

Mais quitte à donner du jeu au cordage, allons-y vraiment.

Organisons des élections populaires, libres, c’est-à-dire sans candidat. Quittons le cirque électoral pour rejoindre le domaine de la démarche civique, celle où l’électeur cherche quelqu’un pour le représenter à l’Assemblée Nationale, discute peut-être un peu avec lui pour lui demander son avis et lui faire comprendre qu’un élu perd toute légitimité sitôt que son électeur déclare ne plus se sentir représenté.

Cela permet aussi à un électeur de se choisir lui-même, car c’est bien connu, on est jamais mieux représenté que par soi-même. Ou au contraire, s’il refuse de porter une telle reponsabilité – ce qui est son droit – il peut faire ce qu’il fait déjà maintenant, c’est-à-dire ne pas voter, et laisser par là même un siège vide à l’assemblée, qui nous coûtera moins cher.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *